La musique: forme de drogue douce



La musique aide-t-elle à mieux vivre ? La neuropsychologie a démontré son efficacité dans la prise en charge de troubles du langage, de la mémoire ou de la douleur. Explications du Pr Hervé Platel. Professeur de neuropsychologie et membre du laboratoire Neuropsychologie cognitive et neuroanatomie fonctionnelle de la mémoire humaine Inserm U 1077, à l'université de Caen, le professeur Hervé Platel(*) étudie le pouvoir thérapeutique de la musique.

Le proverbe dit que la musique adoucit les mœurs. En tant que neuropsychologue, vous affirmez qu'elle a même des effets thérapeutiques ?

« En neurologie, il existe plein d'exemples de prise en charge s'appuyant sur la musique, son écoute ou sa production. Les aspects rythmique et mélodique sont utilisés notamment pour l'orthophonie et des troubles du langage, la récupération de l'attention et de la mémoire après un AVC, pour améliorer la synchronisation des mouvements chez des patients parkinsoniens, pour faire reculer la sensation de douleur dans les unités de soins palliatifs, pour accompagner des personnes souffrant d'Alzheimer… Pour ces derniers, on a démontré que la mémoire musicale était très résistante à la maladie et que les patients pouvaient même encore apprendre de nouvelles mélodies. Et lors d'ateliers musicaux, on a constaté un éveil cognitif remarquable, avec des personnes qui se remettent à communiquer. »

Comment explique-t-on ces bienfaits ?

« Écouter de la musique fait fonctionner de très larges réseaux dans notre cerveau, en partant des régions auditives et en se connectant avec les régions motrices. C'est une sorte de  précâblage presque automatique et irrépressible, qui fait par exemple que lorsque l'on entend une musique très rythmée, on a envie de taper du pied et de bouger les mains. C'est ce qui explique que cela provoque un éveil moteur, une tonicité.

La musique, c'est aussi quelque chose qui provoque du plaisir, des émotions, et donc la libération de substances comme la dopamine dans le cerveau. Un phénomène que l'on retrouve par exemple dans les plaisirs alimentaires, sexuels, avec les drogues. On peut presque dire que la musique est une forme de drogue douce ! »

Classique ou death metal, toutes les musiques se valent-elles ?

« Ce qui est important, c'est de personnaliser le choix musical en fonction du goût des gens, que ce soit du jazz, de la musique du monde ou de la pop. Il y a un lien très intime entre les musiques que l'on a entendu et des moments forts de notre vie. On a même des exemples de personnes qui se sont réveillés de coma en entendant des musiques qui avaient une signification très forte pour eux. »

Est-ce que la musique a aussi des effets bénéfiques dans la vie de tous les jours ?

« Quelques travaux tendent à montrer qu'une pratique régulière de la musique contribue à diminuer les facteurs de risques de développer une maladie neuro-dégénérative… Comme c'est vrai d'une bonne alimentation ou de la pratique sportive. »

Pour bénéficier de ces effets thérapeutiques, il ne suffit pas d'écouter de la musique dans son fauteuil… Existe-il une forme de prescription ?

« Ce n'est pas le support qui a un effet magique à lui tout seul. Il doit être accompagné et réfléchi dans son utilisation. Il faut personnaliser les musiques qu'on propose, tenir compte des aspects socioculturels, et adapter à chaque personne l'activité qu'on lui propose. Ce peut être la musique, mais si on n'aime pas la musique, on peut faire autre chose, de la cuisine, de la peinture ou du jardinage, de la méditation… »

(*) Hervé Pratel a été invité par la Société des neurosciences à exposer ses travaux sur les liens entre arts, cerveau et vieillissement lors d'une conférence à Tours fin mai.

Recueilli par Mariella Esvant

#Interview #musique #science

1 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout
  • Facebook Aimelody