Hommage à Victor Démé

Mis à jour : 12 nov. 2018



Une grande voix africaine s’est éteinte ce matin : le chanteur burkinabé Victor Démé, terrassé par une crise de paludisme sur le chemin de l’hôpital à Bobo-Dioulasso, sa ville d’origine, en pleine agitation suite au coup d’Etat de jeudi. Il avait 53 ans.

Né en 1962, descendant d’une double lignée mandingue de griots et de couturiers, Victor Démé avait commencé par chanter dans des orchestres africains, exerçant son métier de tailleur jusqu’à l’âge de 46 ans pour sortir son premier album – produit par le label français Chapa Blues, créé pour l’occasion. C’est dans l’atelier de couture paternel en Côte d’Ivoire, à Abidjan, que le jeune Victor Démé s’exile du Burkina à l’âge de l’adolescence. Le jour, il travaille à l’atelier, et la nuit, il commence à fréquenter les clubs de la capitale et chante dans quelques petits groupes. En grandissant, il se forge une réputation dans les clubs ivoiriens, notamment au sein du fameux orchestre Super Mandé, mené par la star Abdoulaye Diabaté. Il rentre au Burkina vers 1988 pour profiter d’un nouvel élan national suite à la présidence de Thomas Sankara. Le pays jouit alors de la dynamique insufflée par le révolutionnaire rouge qui, avant d’être assassiné en 87, a grandement œuvré pour la création artistique. Démé a alors 26 ans, et sa fougue musicale déborde de vigueur. Il gagne plusieurs micro-crochets, dont le concours du Centre Culturel Français de Bobo-Dioulasso organisé en partenariat avec RFI en 1989, et le premier prix de la Semaine Nationale de La Culture dans sa catégorie, en 1990.


Dans les années 90, il se classera souvent dans les cinq premiers de cette compétition nationale. Il se fait recruter successivement par de grands orchestres, dont l’Echo de l’Africa et surtout le Suprême Comenba qui rythment les nuits de Ouagadougou. Alors que Victor Démé est devenu un chanteur populaire au Burkina, de graves accidents du destin l’éloignent de la musique pendant plusieurs années. Lorsqu’il tente de revenir sur le devant de la scène après cette longue absence, rien n’est facile. Pour gagner très humblement sa vie, il doit souvent se plier aux exigences des propriétaires des clubs et des maquis en interprétant des classiques de Salif Keita ou de Mory Kanté. Heureusement, Victor Démé continue en parallèle à affiner ses propres compositions, et il se lie d’amitié avec Camille Louvel, le gérant du Ouagajungle, un bar associatif de Ouagadougou où s’organisent plusieurs concerts hebdomadaires. En 2007, celui-ci et le journaliste David Commeillas en reportage à Ouagadougou, produisent ensemble son premier album.


Un album modeste mais intemporel de folk-blues mandingue, avec des touches de douceur et d’élégance afro-cubaine, bel ouvrage qui surtout révélait la voix puissante et poignante de Victor Démé. Le succès de ce premier album lui ouvre grand les portes d’une carrière internationale, et l’album Deli sort deux ans plus tard.


L’année dernière, Victor Démé connaissait un nouveau succès improbable, avec le remix de sa chanson Djon Maya (extraite de son premier album)par le duo électro français Synapson. Prévu pour le mois d’octobre, son troisième album, Yafaké, sortira donc à titre posthume.


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